Le Programme alimentaire mondial a annoncé, lundi 19 octobre, une réduction d'environ un tiers de son assistance à Gaza, un an après le cessez-le-feu. Près d'un demi-million de personnes vont être privées de cette aide, alors que l'hiver approche et que 67 % de la population de l'enclave reste confrontée à une insécurité alimentaire aiguë.
À Gaza, l'aide alimentaire diminue plus vite que la faim. C'est l'image terrible qu'a livrée le PAM ce lundi, depuis Jérusalem, au terme d'une visite dans l'enclave palestinienne. Et derrière les chiffres, ce sont des familles, des enfants, des oliveraies arrachées à leurs paysans : une terre qu'on affame, une communauté qu'on laisse sans récolte ni pain.
Que s'est-il passé à Gaza ce lundi ?
Le Programme alimentaire mondial (PAM), agence de l'ONU, a déclaré être contraint de couper environ un tiers de son aide à Gaza, faute de financements. Le nombre de bénéficiaires est passé de 1,6 million à 1,1 million en octobre. Pour les familles encore assistées, les rations ont été divisées par deux, et les repas chauds distribués chaque jour sont tombés de 250 000 à 150 000.
« La vie à Gaza reste absolument brutale », a rapporté Carl Skau, chef par intérim du PAM, lors d'une conférence de presse depuis Jérusalem, selon UN News.
Près de la « ligne jaune », la ligne de démarcation sous contrôle militaire israélien, certaines familles ne recevront plus qu'un repas chaud tous les deux jours. Les habitants vivent dans des abris de fortune ou des bâtiments détruits, au milieu des eaux usées et des ordures, sans emploi ni revenus. Malgré le cessez-le-feu, l'insécurité persiste : les équipes de l'ONU ont recensé une cinquantaine d'attaques quotidiennes au cours de la semaine écoulée.
Une faim qui ne recule pas, une aide qui se retire
Le paradoxe est cruel. Selon les dernières estimations, 1,4 million d'habitants, soit 67 % de la population de Gaza, souffrent toujours d'insécurité alimentaire aiguë, contre 1,6 million fin 2025. Parmi eux, 200 000 personnes sont en situation d'urgence alimentaire.
« Ce n'est pas parce que les besoins diminuent. Ce n'est pas non plus parce que nous ne pouvons pas acheminer la nourriture. C'est uniquement parce que nous manquons de financements », a insisté Carl Skau.
Sur le terrain, les privations sont quotidiennes. Le responsable du PAM raconte avoir rencontré des familles qui ne mangent qu'une fois par jour, et des écolières dont le premier repas de la journée était la collation distribuée par l'agence. Plus de 80 % des habitants de Gaza sont sans emploi, et seul un enfant sur cinq bénéficie d'une alimentation suffisamment diversifiée.
À cette précarité s'ajoute un sentiment d'abandon. Après les espoirs soulevés par le cessez-le-feu d'octobre 2025, beaucoup ont l'impression que leur vie est à l'arrêt.
« Nombre des personnes auxquelles j'ai parlé se sentent franchement oubliées de tous », a rapporté Carl Skau.
Une économie presque anéantie
Cette dépendance à l'aide internationale s'explique par l'ampleur des destructions. Selon un nouveau rapport du Secrétaire général de l'ONU présenté vendredi à l'Assemblée générale, le produit intérieur brut de Gaza était, en 2025, inférieur de 84 % à son niveau de 2023. La guerre a fait reculer le développement humain de l'enclave d'environ 77 ans, estime le rapport. Quelque 700 000 enfants restent privés d'enseignement scolaire formel, et les besoins de reconstruction sont évalués à 71,4 milliards de dollars sur dix ans.
L'aide alimentaire ne répond donc plus seulement à une urgence humanitaire : elle supplée une économie incapable de faire vivre sa population. Pour maintenir ses opérations à Gaza et en Cisjordanie jusqu'en mars 2027, le PAM réclame 450 millions de dollars. Carl Skau appelle aussi à lever les restrictions sur l'entrée de matériaux essentiels, à relancer les marchés et à permettre une reprise, même modeste, de la production alimentaire locale.
En Cisjordanie, les oliveraies sous la menace
En Cisjordanie occupée, où le PAM a réduit de moitié le nombre de ses bénéficiaires, de 400 000 à 200 000, la situation se dégrade aussi. L'insécurité alimentaire y a plus que doublé en trois ans et près d'un million de Palestiniens ont désormais besoin d'assistance, selon Carl Skau.
Lundi, sept experts indépendants de l'ONU ont dénoncé les violences contre les agriculteurs à l'ouverture de la récolte des olives. En 2025, 178 attaques de colons liées à cette récolte ont été recensées dans 88 localités palestiniennes, et plus de 6 000 oliviers et jeunes plants ont été vandalisés. Les experts s'inquiètent également d'ordres militaires israéliens visant le défrichement de 339 000 mètres carrés de terres agricoles palestiniennes, ainsi que des restrictions empêchant certains exploitants d'accéder à leurs parcelles.
L'olivier, arbre de patience et de mémoire, arraché à ceux qui le plantent : pour quiconque connaît la valeur de la terre et des arbres qui nourrissent les générations, ce saccage est une blessure qui dépasse les chiffres. Pour Carl Skau, la crise des droits humains en Cisjordanie devient aussi une crise alimentaire.
« Lorsque la faim se propage, l'instabilité suit », a-t-il averti.
Pourquoi ce silence nous concerne-t-il tous ?
Ces coupes budgétaires ne sont pas une fatalité. Elles sont un choix politique, celui d'un monde qui trouve de l'argent pour les guerres et les extractivismes, mais qui le retire quand il s'agit de nourrir. Le PAM le dit sans détour : la nourriture existe, les convois peuvent rouler, seuls les financements manquent. Un demi-million de personnes vont en payer le prix, à l'approche de l'hiver.
La solidarité internationale n'est pas une charité : c'est un fil tendu entre les peuples. Quand il se rompt quelque part, c'est partout qu'il se fragilise. Les mouvements sociaux qui montent, comme en
