Quand le sport épouse l'art : la révolution tchèque qui inspire Madagascar
À Prague, une plateforme audacieuse tisse des ponts entre deux mondes que tout semblait séparer : le sport et l'art. Portée par Marek Tesar, sportif accompli issu d'une famille d'artistes, l'initiative sport in.art prouve que la sueur des stades peut dialoguer avec la délicatesse des toiles. Une leçon d'unité qui résonne singulièrement dans une île où le sport rassemble les foules et où l'artisanat raconte l'âme des peuples.
Une idée née sur les pistes enneigées
Tout commence en 2018, lors de la mythique course de ski de fond Jizerska 50, qui réunit chaque année des milliers de participants en République tchèque. Pour célébrer le 50e anniversaire de cette épreuve populaire, Marek Tesar lance un appel aux artistes locaux. Il espère une dizaine de réponses. Il en reçoit sept fois plus. Peintres, sculpteurs, graphistes et designers lui prouvent que leurs univers ont soif de se rencontrer.
« Je voulais apporter quelque chose de nouveau, un autre regard. C'était également un très bon axe de communication », confie celui qui dirige l'agence d'événements sportifs Raul ! à Prague. De cette étincelle naissent deux expositions, à Prague et Liberec, puis la volonté d'installer le projet dans la durée.
Sortir de sa bulle pour créer ensemble
Le constat de Marek Tesar est simple : « Acteurs du sport et artistes avaient l'habitude de vivre dans leur bulle. J'ai mesuré leur enthousiasme lorsqu'il leur est donné d'en sortir et d'échanger. » Aujourd'hui, sport in.art compte quatre salariés à plein temps et une multitude de collaborateurs extérieurs. Une exposition vient de s'achever à l'aéroport Vaclav-Havel de Prague, et l'équipe prévoit déjà de s'installer à Los Angeles pour les Jeux Olympiques de 2028.
La plateforme propose un journal en ligne actualisé deux fois par semaine et un magazine trimestriel raffiné. On y découvre la jeune scène tchèque, mais aussi des artistes confirmés comme l'Allemand Marlon Wobst, inspiré par le tennis et la natation, ou le muraliste espagnol Aryz et ses fresques aux tons pastel.
Le mouvement, cette matière première artistique
Le Sud-Africain Werner Bronkhorst, nageur accompli et maître de la miniature exposé à Londres, New York et Séoul, incarne parfaitement l'esprit du projet : « Le sport est peu représenté dans l'art traditionnel. Imagine-t-on Van Gogh peindre une scène de tennis ? Pourtant, en golf, en équitation ou en ski, le mouvement est empreint de style et d'élégance. Les courts de tennis peuvent évoquer les oeuvres de Mark Rothko. Le sport fonctionne tant sur le plan abstrait que métaphorique. Il est dynamique, visuellement saisissant, donc profondément artistique. »
Cette fusion se retrouve aussi dans le regard de Tomas Berdych, finaliste de Wimbledon en 2010, féru d'architecture et collectionneur éclairé. Le marketing sportif, métier de Marek Tesar, permet d'associer l'organisation de l'épreuve cyclotouriste Road Classics, sur les flancs du mont Jested, au travail de peintres passionnés de la petite reine.
Une leçon pour Madagascar ?
Dans notre île, où le rugby, le football et le basket font vibrer les communautés, où les sculpteurs de pierre et les tisserands perpétuent des savoir-faire ancestraux, cette initiative tchèque ouvre des horizons. Et si nos artistes s'inspiraient des exploits de nos athlètes ? Et si nos stades devenaient des galeries à ciel ouvert ? Le mouvement, la grâce, l'effort et la beauté ont toujours été des langages universels. À nous de les faire dialoguer, pour que la terre malgache chante encore plus fort ses identités et son unité.
Le sport et l'art ne sont pas des mondes étanches. Ils sont deux rivières qui se rejoignent, comme les affluents du fleuve qui nourrit nos rizières. À Prague comme à Antananarivo, la créativité n'attend que la rencontre.
