Epstein hante les midterms américains : 160 spots, 35 millions de dollars, et une démocratie en question
Aux États-Unis, la campagne des midterms du 3 novembre se joue aussi dans l'ombre d'un mort. Jeffrey Epstein, le criminel sexuel décédé il y a sept ans, est devenu l'arme électorale la plus utilisée de cette saison politique. Selon une analyse de CNN, plus de 160 publicités liées à son nom ont déjà été diffusées, pour un budget dépassant les 35 millions de dollars. Un chiffre vertigineux quand on sait qu'en 2024, seuls trois spots de ce type avaient vu le jour, tous en Floride, l'État où le scandale avait éclaté.
Pourquoi Epstein domine-t-il les publicités des midterms ?
La publication des fameux « documents Epstein » en début d'année a ravivé les braises. Le ministère de la Justice américain a dévoilé 3,5 millions de pages sur un total de 6 millions, après une bataille politique acharnée menée par les démocrates au Congrès. Depuis, l'image du financier déchu sert de repoussoir universel dans les spots négatifs.
Les démocrates utilisent son image à 90 %, principalement pour les campagnes sénatoriales, là où les écarts se resserrent. Les publicités accusent souvent les adversaires républicains d'avoir voté contre la publication des dossiers, ou d'avoir des liens, même ténus, avec l'entourage d'Epstein.
La Géorgie, le Texas et l'Ohio en première ligne
La Géorgie est l'État le plus dépensier avec dix millions de dollars investis, dont plus des trois quarts proviennent de la campagne du sénateur démocrate Jon Ossoff. Il attaque son rival républicain Mike Collins, le présentant comme un fidèle de Donald Trump ayant voté contre la publication des dossiers. Dans un spot, un ancien marshal affirme que « Mike Collins a voté pour étouffer l'affaire Epstein. Même après avoir su que des jeunes filles de 14 ans avaient été violées ».
Une affirmation trompeuse : Collins a voté contre une motion de procédure en juillet 2025, mais a finalement soutenu la publication en novembre, après le revirement de Trump.
Au Texas, le démocrate James Talarico a dépensé près de 5 millions de dollars contre le procureur général républicain Ken Paxton, l'accusant d'avoir conclu un « contrat de complaisance à la Epstein » avec un délinquant sexuel présumé. En Alaska, le sénateur républicain Dan Sullivan est attaqué pour avoir reçu 8 500 dollars d'Henry Kravis, dont le nom figure dans les dossiers Epstein, sans jamais avoir été accusé de quoi que ce soit.
Une stratégie qui fait basculer les élections ?
Selon une étude du Senate Majority PAC, ces publicités pourraient faire basculer les élections de trois à six points en faveur des démocrates. Un chiffre qui interroge : la peur et l'indignation sont-elles devenues les moteurs principaux de la démocratie américaine ?
« La corruption de Ken Paxton met nos enfants en danger. Nous n'avons pas besoin de plus de protecteurs de pédophiles à Washington. »
De Madagascar, on observe ce spectacle avec une certaine mélancolie. Ici, nous connaissons la valeur de la terre, de la parole donnée, des liens communautaires. Là-bas, la politique se consume dans des images de cendres et de scandales, loin des préoccupations réelles des peuples. Et si la vraie bataille, partout, était celle de la transparence et de la justice pour tous, et non de l'écrasement de l'autre ?
FAQ : comprendre l'affaire Epstein et les midterms
Qu'est-ce que les « documents Epstein » ?
Ce sont des milliers de pages de dossiers judiciaires liés à Jeffrey Epstein, révélant des liens avec des personnalités puissantes. Le ministère de la Justice américain en a publié 3,5 millions sur 6 millions en début d'année.
Pourquoi les démocrates utilisent-ils autant Epstein ?
Parce que son image est un repoussoir efficace pour mobiliser l'électorat contre les républicains, accusés de protéger les puissants. Les études montrent que ces spots peuvent faire basculer les élections de 3 à 6 points.
Les accusations dans ces publicités sont-elles toujours vraies ?
Non. Plusieurs spots contiennent des allégations trompeuses, notamment sur les votes des candidats ou leurs liens avec l'entourage d'Epstein. La réalité est souvent plus nuancée que ce que les narrateurs affirment.