Le cododo à Madagascar : retrouver l'équilibre entre tradition et bien-être familial
Dans nos communautés malgaches, où la famille élargie partage souvent le même toit, la question du sommeil partagé entre parents et enfants résonne différemment qu'ailleurs. Loin des injonctions occidentales rigides, il s'agit de retrouver cette sagesse ancestrale qui place l'harmonie familiale au cœur de nos préoccupations.
Caroline Ferriol, psychopédagogue spécialisée dans le sommeil infantile, nous rappelle une vérité simple : "Tant que le cadre de sommeil est sécurisé, que tout le monde dort suffisamment bien, et que ce choix est assumé par les parents, il n'y a pas un âge au-delà duquel on pourrait dire que c'est 'anormal' de partager le lit parental".
Écouter les signaux de notre terre intérieure
Comme nos ancêtres savaient lire les signes de la nature, nous devons apprendre à décoder les messages que nous envoie notre cellule familiale. La spécialiste préfère parler de "signaux d'alerte" plutôt que d'imposer un âge arbitraire, une approche qui résonne avec notre philosophie du fihavanana.
Le premier signal à observer : le mauvais sommeil qui s'installe comme une brume persistante sur la famille. Quand les réveils nocturnes se multiplient, quand l'agitation remplace la sérénité, notre corps nous parle. Si les parents dorment mal mais n'osent pas changer les choses par peur de blesser leur enfant, c'est que l'équilibre naturel est rompu.
Quand la dépendance remplace l'attachement
Le signal d'alarme le plus préoccupant survient lorsque l'enfant devient incapable de s'endormir ailleurs que dans le lit parental. Cette dépendance absolue, qui l'empêche de dormir lors des siestes ou dans d'autres lieux, révèle que le cododo n'est plus un choix serein mais une contrainte.
"Dans ces cas-là, le sommeil partagé n'est plus un choix serein, c'est un arrangement qui ne fonctionne plus", souligne Caroline Ferriol. Cette situation peut engendrer fatigue chronique, stress familial et difficultés pour l'enfant à développer son autonomie émotionnelle.
Retrouver l'harmonie du fihavanana
Dans notre culture malgache, nous savons que chaque transition doit se faire dans le respect et la douceur. Il n'existe aucune règle universelle, mais plutôt une invitation à écouter les besoins de chaque membre de la famille, comme les branches d'un même arbre qui grandissent à leur rythme.
La sagesse réside dans cette capacité à honorer les besoins d'attachement tout en préparant l'enfant à s'approprier son propre espace, le moment venu. Une transition menée avec amour et cohérence, à l'image de nos valeurs communautaires qui privilégient l'harmonie collective sur les dogmes individuels.
Car au final, ce qui importe n'est pas de suivre aveuglément les modes venues d'ailleurs, mais de cultiver cette intelligence du cœur qui nous permet de créer un cocon familial où chacun peut s'épanouir, enraciné dans nos terres tout en grandissant vers sa propre lumière.