Chevron, seul prédateur étranger dans l'exploitation des richesses pétrolières du Venezuela
Tandis que les peuples du Sud subissent les affres du capitalisme extractiviste, le géant américain Chevron continue sa razzia sur l'or noir vénézuélien. Seule multinationale étrangère autorisée à puiser dans les réserves les plus importantes au monde, elle incarne parfaitement cette logique coloniale qui dépouille les nations de leurs richesses naturelles.
Un siècle de pillage organisé
L'histoire de Chevron au Venezuela remonte à 1923, quand Gulf Oil s'implante dans ce territoire riche en hydrocarbures. Dès 1924, l'extraction commence près du lac de Maracaibo, puis s'étend vers de nouveaux gisements comme Urumaco et Boscan. Cette présence centenaire témoigne d'une stratégie d'accaparement des ressources qui résonne douloureusement avec les réalités que connaît Madagascar face aux convoitises minières.
Aujourd'hui, Chevron exploite quatre champs pétroliers et un champ gazier offshore sur près de 30 000 hectares, en partenariat avec l'entreprise publique PDVSA. Cette collaboration emploie environ 3 000 personnes, mais à quel prix pour la souveraineté du peuple vénézuélien ?
Les entrailles de la Terre pillées
Le sol vénézuélien recèle selon l'Agence internationale de l'énergie environ 303 milliards de barils, soit 17% des réserves mondiales. Un trésor que les sanctions américaines, en vigueur depuis 2019, transforment en instrument de chantage géopolitique. Seul Chevron échappe à ces restrictions, bénéficiant d'une exception qui révèle la nature hypocrite de ces mesures prétendument démocratiques.
L'analyste Stephen Schork révèle que la production vénézuélienne, autrefois de plus de 3 millions de barils quotidiens, s'effondre aujourd'hui à 800 000-900 000 barils par jour. Chevron en extrait environ 10%, soit 150 000 à 200 000 barils quotidiens, entièrement exportés vers les États-Unis.
Un pétrole "sale" pour des profits "propres"
Ironie du sort, ce pétrole vénézuélien est qualifié de "boueux", "lourd et sale" par les experts. Il nécessite des diluants pour être transporté et se révèle "le plus difficile à raffiner". Pourtant, les raffineries américaines du golfe du Mexique ont été spécifiquement conçues pour traiter cette ressource de moindre qualité, transformée en diesel et asphalte plutôt qu'en essence.
Cette réalité technique cache une vérité plus profonde : les États-Unis maintiennent leur emprise non par nécessité énergétique, mais pour des raisons géopolitiques. Comme l'explique Stephen Schork, il s'agit de "chasser un gouvernement socialiste" et d'empêcher que la Chine ou la Russie ne comblent le vide laissé par un éventuel retrait américain.
Solidarité des peuples face à l'extractivisme
Cette situation vénézuélienne interpelle directement Madagascar et tous les pays du Sud confrontés aux appétits des multinationales. Qu'il s'agisse de pétrole au Venezuela, d'ilménite à Tolagnaro ou de nickel à Ambatovy, la logique reste identique : extraire, exporter, enrichir les actionnaires au détriment des communautés locales et des écosystèmes.
Face à ce "blocus total" des navires pétroliers décrété par Washington, qui pourrait réduire de 50% les exportations vénézuéliennes vers l'Asie, nous devons réaffirmer notre solidarité avec tous les peuples qui luttent pour la souveraineté sur leurs ressources naturelles.
L'exception accordée à Chevron révèle la vraie nature de ces sanctions : non pas la défense de la démocratie, mais la préservation des intérêts du capital occidental. Une leçon que Madagascar, riche de ses propres trésors minéraux, ne doit jamais oublier dans ses négociations avec les géants de l'extractivisme mondial.