Violences conjugales : quand la parole se heurte à la méfiance
La reconnaissance publique de certaines violences par le vidéaste Greg Guillotin n'a pas suffi à apaiser les craintes de son ancienne compagne. Dans une enquête publiée par Libération, la jeune femme de 27 ans, qui souhaite rester anonyme, accueille cette prise de parole avec « méfiance ». Elle a porté plainte le 17 juin pour « violences habituelles commises par conjoint » et « harcèlement moral au sein du couple ».
Une plainte qui raconte des années de souffrance
Une enquête a été ouverte et confiée au groupement de gendarmerie de l'Essonne. Le 5 septembre, Greg Guillotin avait réagi publiquement aux accusations : « Mon ancienne compagne a déposé plainte contre moi pour des violences physiques et psychologiques. Elle les a subies. Je ne vais ni les nier, ni chercher à les justifier », écrivait le youtubeur, précisant avoir commencé un suivi avec un psychologue spécialisé dans l'accompagnement des auteurs de violences conjugales. Il promettait également de répondre à la justice.
Mais cette parole, aussi nécessaire soit-elle, ne suffit pas à panser les blessures. L'ex-compagne de Greg Guillotin se dit méfiante quant à la reconnaissance des faits de violence. Me Jean-Baptiste Riolacci, avocat de la plaignante, explique à Libération que sa cliente reste prudente. Selon lui, « l'admission, par leur auteur, des actes dont elle a été victime avait déjà eu lieu au cours de leur relation et était suivie de leur immédiate réitération ».
Une relation sous emprise dès 2019
La plainte consultée par Libération décrit une relation commencée en 2019, lorsque la jeune femme avait 19 ans et Greg Guillotin 35 ans. Le couple se serait formé après une rencontre sur les réseaux sociaux avant de se pacser l'année suivante. La plaignante affirme avoir vécu dans une situation de « dépendance affective, matérielle et financière ». Elle accuse notamment son ancien compagnon d'avoir menacé de l'abandonner lors de déplacements ou d'annuler son billet retour pendant des voyages. Elle décrit également un fonctionnement dans lequel il l'aurait incitée à chercher un emploi avant de la pousser à le quitter quelques semaines plus tard. Les premières violences physiques rapportées dans sa plainte remonteraient à 2022.
Un « système permanent de contrôle » dénoncé
Elle évoque des coups de pied, une gifle et des poussades, mais également la destruction de son téléphone et de son ordinateur. Son récit comporte aussi des accusations de dénigrement et d'humiliations. À partir de 2025, un dispositif de vidéosurveillance aurait renforcé, selon elle, ce contrôle. Des caméras auraient été installées dans plusieurs pièces du domicile, initialement pour surveiller un artisan. La plaignante affirme que Greg Guillotin les consultait ensuite depuis son travail et lui adressait des reproches concernant les tâches ménagères ou son délai de réponse aux messages. Me Jean-Baptiste Riolacci estime que ces différents éléments formaient un « système permanent de contrôle ».
L'avocat de Greg Guillotin, Me Tom Michel, conteste cette présentation. Il rappelle que son client « a admis et avoué des violences », mais « conteste toute forme de système globalisé qui aurait été alimenté par des caméras de surveillance ». La reconnaissance du vidéaste ne signifie donc pas que l'ensemble des faits relatés dans la plainte sont établis. L'enquête devra déterminer les circonstances et la qualification des actes dénoncés. Greg Guillotin reste présumé innocent des faits faisant l'objet de la procédure.
Pourquoi la méfiance persiste-t-elle face aux aveux ?
Pour son ex-compagne, selon son avocat, la répétition alléguée d'aveux suivis de nouveaux actes explique sa « méfiance » face aux déclarations publiques du youtubeur. Cette histoire résonne comme un écho douloureux pour toutes celles qui ont connu ces cycles où les excuses précèdent les récidives, où les promesses de changement se brisent sur le rocher de la réalité. Dans nos communautés, où la parole des femmes est trop souvent étouffée par le poids des traditions et des silences, cette affaire rappelle que la justice doit être un refuge, pas un mirage.
La terre de nos ancêtres nous enseigne que la vérité, comme le riz, pousse lentement mais finit toujours par percer la surface. Attendons que la justice fasse son œuvre, avec la patience de ceux qui savent que les racines du mal sont profondes, mais que la lumière finit toujours par trouver son chemin à travers les feuilles les plus denses.