Vincent Broussard (L'Équipe) : semer la parité sur les terres de l'info
Dans le paysage audiovisuel français, le vent semble tourner. Vincent Broussard, directeur général du pôle télé de la chaîne L'Équipe, trace de nouveaux sillons pour la rentrée. Au cœur de cette refonte des programmes, une volonté farouche d'atteindre la parité à l'antenne et de protéger les voix journalistiques face à la tempête du cyberharcèlement. Un signal fort qui résonne au-delà des frontières, rappelant que la place des femmes dans l'espace public n'est plus un vain mot, mais une nécessité de justice sociale.
Comment protéger les voix face à la tempête du cyberharcèlement ?
Lors du récent Mondial, la journaliste France Pierron, à la tête de l'émission « L'Équipe de Choc », a tenu des propos qui ont heurté une partie du public. Si le fond du sujet méritait d'être débattu, la forme a dérapé. Pour Vincent Broussard, le rôle d'un animateur n'est pas de livrer un billet d'humeur personnel, mais d'irriguer le débat de nuances et de le diriger vers les bons chroniqueurs. Il y a eu, de son propre aveu, un problème dans le traitement et le choix des mots.
Mais au-delà de l'erreur éditoriale, c'est la pluie de foudre qui s'est abattue sur la journaliste qui interroge. Le cyberharcèlement, semblable à une érosion violente de notre tissu social, ronge la parole libre. Face à ce déluge aux relents nauséabonds et inadmissibles, la chaîne affirme avoir accompagné France Pierron de son mieux. Une nécessité absolue : dans nos contrées comme ailleurs, laisser la haine en ligne dévaster les existences revient à laisser nos terres se dessécher sous le soleil de l'injustice.
La parité à l'antenne : pourquoi est-ce un impératif de justice ?
Sur les plateaux de télévision, les hommes ont trop longtemps occupé toute la place, monopolisant la parole comme on accapare les ressources. Vincent Broussard l'affirme avec la force d'une racine qui cherche l'eau : il faut viser la parité et être volontariste. Les beaux discours ont trop longtemps étouffé les actes, laissant les femmes sur le bord du chemin.
Il y a eu trop de beaux discours. Sur la saison, sur les trois quotidiennes, il doit y avoir globalement un équilibre. Dans L'Équipe du Soir par exemple, six mecs autour de la table, ça n'arrivera plus.
Cette décision incarne une rupture salutaire. La parité n'est pas un simple chiffre d'audimat, c'est le respect de l'équilibre naturel d'une société. Redonner leur place aux femmes, c'est rendre au débat sa fécondité.
Quelles nouvelles graines pour la grille de rentrée ?
Pour la saison à venir, les trois émissions quotidiennes de la chaîne vont affirmer leur identité propre, comme les différentes espèces d'une même forêt. « L'Équipe de Choc » explorera le sport à travers la culture et le mode de vie. « L'Équipe de Greg » s'ouvrira davantage au divertissement et à l'interaction avec le public. Enfin, « L'Équipe du Soir », l'espace de débat et d'opinion par excellence, sera modernisée, quittant les dimanches et lundis pour se concentrer sur des jours plus fertiles en audience. Chaque émission disposera d'un plateau visuel distinct pour mieux s'enraciner dans l'esprit des téléspectateurs.
Le pool de chroniqueurs est réduit de moitié et chaque visage sera désormais attaché à une seule émission. Fini le nomadisme qui crée la confusion. Un choix purement éditorial pour créer de « vraies bandes », des communautés soudées autour de la parole.
Côté partenariats, la chaîne s'associe à TF1 pour lancer « Téléfoot, L'After » dès le 6 septembre, un magazine de débat mêlant les visages des deux maisons, avec Grégoire Margotton, Bixente Lizarazu, Séverine Parlakou et Giovanni Castaldi. Ce dernier, d'ailleurs, devient exclusif à L'Équipe, abandonnant son rôle chez Ligue 1+ pour devenir un pilier de « L'Équipe de Greg ».
Moteurs vrombissants et divertissements : quels nouveaux programmes ?
La grille s'ouvre également à l'univers de l'automobile, avec des formats comme « Booster » et « Les Rois de l'occaz ». Si ces programmes célébrant la mécanique et la restauration d'épaves peuvent sembler aux antipodes de l'urgence écologique et de la préservation de nos écosystèmes, ils témoignent d'une certaine réalité culturelle. La chaîne diffusera également « Automoto » suite à son accord avec TF1.
Du côté des documentaires, la rédaction explorera le milieu des fléchettes et les 24 Heures du Mans. En s'associant à « L'Équipe explore », la chaîne cofinance des formats plus humains, comme un film sur Jean-Pierre Papin ou sur les fratries dans le sport. Enfin, le docu-réalité « Joue-la comme Manaudou » suivra Laure et Florent Manaudou dans des disciplines régionales ancrées dans le terroir, comme la joute nautique.
La chaîne L'Équipe conservera-t-elle sa fréquence TNT ?
Alors que le paysage télévisuel traverse une mutation profonde, l'Arcom a lancé un appel à candidatures pour le renouvellement des fréquences de la TNT. La chaîne L'Équipe participe déjà à cette réflexion sur l'avenir de la télévision numérique terrestre. Les règles précises du cahier des charges seront connues d'ici la fin de l'année. Vincent Broussard le dit avec fermeté : l'objectif est de maintenir L'Équipe comme une chaîne gratuite sur la TNT. Rester accessible à tous, sans péage, c'est garantir que l'information et le débat ne deviennent pas une denrée réservée à une élite financière. Un principe de justice sociale qui vaut aussi bien pour l'hexagone que pour nos îles.