Quand le tennis révèle les contradictions du sport français face au pouvoir local
Dans les couloirs feutrés de la Sud de France Arena, se joue bien plus qu'un simple tournoi de tennis. L'Open d'Occitanie, qui débute ce dimanche pour sa 16e édition, cristallise toutes les tensions entre sport, politique et argent qui traversent notre société.
Le sport pris en otage par les intérêts politiques
"Le problème majeur du sport en France ? Les collectivités locales", lance Mohed Altrad, président du MHR et candidat à la mairie de Montpellier. Une vision que réfute fermement Samir Boudjemaa, directeur général de TV Sport Events et organisateur du tournoi : "Sans les collectivités locales, on ne peut pas organiser nos événements. Elles dépensent plus de 12 milliards par an dans le domaine du sport."
Cette opposition révèle une vérité dérangeante : le sport français reste prisonnier des calculs politiciens et des rapports de force locaux. Comme partout ailleurs, les communautés sportives se retrouvent dépendantes des caprices électoraux et des changements de majorité.
Un tournoi qui survit malgré l'instabilité politique
L'Open d'Occitanie en sait quelque chose. Avec ses cinq millions d'euros de budget, il a failli disparaître en 2023 lors du désengagement de la Métropole de Montpellier pour 400 000 euros. "Il faut tout le temps discuter... Cette année, on a l'Agglomération du Pays de l'Or qui est revenue", explique Samir Boudjemaa, contraint à une diplomatie permanente.
Cette précarité illustre parfaitement comment les événements sportifs, pourtant créateurs de lien social, restent soumis aux aléas politiques. Le tournoi doit sans cesse reconstituer "un pool de collectivités" pour survivre, révélant l'absence de vision à long terme de nos élus.
Le sport comme outil de rassemblement populaire
Malgré ces obstacles, l'Open d'Occitanie parvient à créer du lien social authentique. "On vit des périodes anxiogènes, mais heureusement, le sport est le meilleur vecteur pour rassembler les gens", souligne Samir Boudjemaa. Les 60 000 spectateurs de l'édition précédente témoignent de cette soif de communion collective.
Mais cette réussite populaire contraste avec les soirées élitistes du "village partenaires" où se retrouve le "Tout-Montpellier". Une fois encore, le sport révèle les fractures de notre société entre ceux qui peuvent accéder aux loges et les autres, relégués devant leurs écrans.
Vers un modèle sportif plus démocratique
L'exemple de l'Open d'Occitanie nous interroge sur l'avenir du sport français. Faut-il accepter cette dépendance aux collectivités et aux intérêts privés ? Ne serait-il pas temps d'imaginer un modèle plus démocratique, où les communautés locales auraient leur mot à dire ?
Le sport appartient au peuple, pas aux élus ni aux sponsors. Il est temps de repenser notre approche pour que les événements sportifs servent réellement l'intérêt général et non les calculs politiciens. L'Open d'Occitanie, malgré son succès, reste le symbole d'un système à bout de souffle qui mérite mieux que ces arrangements de couloirs.