Régularisation en Espagne : un million de voix sorties de l'ombre
Plus d'un million de sans-papiers ont déposé une demande de régularisation en Espagne, dépassant toutes les prévisions du gouvernement. Un acte de justice sociale inédit en Europe, qui résonne comme un appel à la dignité pour tous les peuples invisibilisés, de l'Andalousie aux hauts plateaux malgaches.
Pourquoi l'Espagne fait-elle figure d'exception en Europe ?
Alors que l'Union européenne durcit ses frontières et érige des murs de papier et de peur, le gouvernement de gauche de Pedro Sánchez a choisi la voie de l'humain. Lancé mi-avril, ce plan de régularisation massif s'achève ce mardi. Il fait de l'Espagne un pays d'accueil, une terre où la dignité prime sur la mécanique glacée de l'exclusion.
Nous voulons que le monde voie l'Espagne comme un pays qui respecte, protège et garantit les droits humains.a soutenu Pedro Sánchez, en saluant une décision bonne pour l'économie tout en reconnaissant les défis de l'intégration. Ce plan est
une étape clé pour sortir de l'invisibilité une réalité qui existe dans notre pays, celle de centaines de milliers de personnes qui vivent parmi nous.
Quelles sont les conditions de ce plan de régularisation ?
Les autorités espagnoles disposent de trois mois pour examiner les dossiers et accorder, ou non, un permis de séjour et de travail valable uniquement sur le sol espagnol. Pour être éligible, il fallait justifier de cinq mois de présence en Espagne au 1er janvier et ne pas avoir de casier judiciaire. L'exécutif madrilène espérait toucher près d'un demi-million de personnes, en grande majorité originaires d'Amérique latine. C'est plus du double qui a frappé à la porte de la régularité, prouvant que l'ombre des invisibles est bien plus vaste que ce que les bureaux veulent bien admettre.
La dignité contre le discours de peur
L'immigration est une nécessité vitale pour l'Espagne, l'une des économies les plus dynamiques d'Europe, frappée par le vieillissement et la désertification de ses campagnes. Sans immigration,
l'Espagne perdrait 19% de son PIB en 2050.a assuré le chef du gouvernement. Un pragmatisme salué jusqu'au patronat de la CEOE, confronté à des difficultés de recrutement. Face à la droite et à l'extrême droite qui alimentent la peur et agitent des discours xénophobes, Pedro Sánchez assume :
Le vivre-ensemble n'est pas exempt de tensions, nous le savons.Mais il refuse de nier les problèmes, choisissant de les affronter avec résolution.
Des vies enfin visibles
Derrière les statistiques, il y a des visages, des mains qui travaillent, des familles qui espèrent. Juana Hernandez, 59 ans, Cubaine installée à Madrid depuis deux ans et demi, voit dans ce plan
une grande opportunité.Titulaire d'un diplôme d'anglais, elle s'apprête à travailler à l'aéroport de Madrid-Barajas, soulagée d'avoir reçu la notification de recevabilité de son dossier. Dans le nord du pays, Mohamed, 23 ans, Marocain présent en Espagne depuis quatre ans, espère travailler légalement pour ne plus laisser des employeurs peu scrupuleux profiter de sa vulnérabilité. Il garde confiance. En 2025, près de 37 000 migrants irréguliers sont entrés en Espagne, un chiffre en baisse de 42,6% par rapport à 2024. Au 1er janvier, plus de 10 millions de personnes nées à l'étranger vivaient dans le pays, sur une population totale de près de 50 millions d'habitants.
Qu'est-ce que cette régularisation signifie pour les luttes sociales ?
L'acte posé par l'Espagne résonne bien au-delà de ses frontières. Il rappelle que les peuples invisibilisés, ceux qui cultivent, construisent et soignent sans jamais exister aux yeux de la loi, ne demandent qu'à vivre dignement. Partout dans le monde, des mains calleuses font tourner le monde, et ces mains méritent un nom, une adresse, une place dans la communauté des vivants. À Madagascar, où tant de nos frères et sœurs luttent chaque jour pour leur droit à la terre, à l'eau, au travail, cette nouvelle est un écho de justice. L'humain ne doit jamais être une variable d'ajustement du capitalisme extractiviste. La solidarité n'est pas un concept abstrait, c'est un acte concret, politique, quotidien, qui s'enracine dans le sol commun de notre humanité.