Profileuse à la gendarmerie : Audrey Renard démonte les fantasmes du métier
La commandante Audrey Renard, cheffe du Département des sciences du comportement de la gendarmerie nationale, sera à Montpellier ce vendredi 9 octobre pour une conférence dans le cadre de Futurapolis Santé, dont le thème est « le cerveau dans tous ses états ». Psychocriminologue et auteure du livre « Profileuse », elle nous ouvre les portes d'un métier qui fascine, mais qui reste bien loin des images des séries télévisées.
Entrer dans le cerveau des suspects, une réalité ?
« Dans leur cerveau, je ne sais pas, mais dans les émotions sous-jacentes à leur passage à l'acte, oui », répond Audrey Renard. Pour elle, le travail du profileur consiste à se décentrer de sa propre vision du monde pour comprendre ce qui s'est passé. La recherche universitaire a mis au jour des typologies en criminologie, et les enquêteurs s'appuient sur la psychologie clinique pour définir les grands traits de personnalité, mais aussi les maladies psychiatriques. « Un paranoïaque n'agit pas de la même façon qu'un schizophrène ou un anxieux », explique-t-elle. Mais il faut aller plus loin, car un passage à l'acte s'explique aussi par la relation que l'individu a entretenue avec une autre personne.
L'instinct a-t-il sa place dans le profilage ?
« Non. Ce n'est pas qu'on ne lui laisse pas de place », précise la commandante. Les enquêteurs ont souvent leur intuition, leur feeling sur un dossier, et on ne peut pas totalement balayer cela. Mais pour que le travail des profileurs soit pris au sérieux, il doit s'appuyer sur quelque chose de scientifique. L'expérience ne doit pas conduire à calquer sur de nouvelles affaires des cas déjà rencontrés par le passé.
Les idées reçues sur le métier de profileur
« Le fait que nous ayons des pouvoirs de divination, de lire dans les pensées des gens, de les analyser très facilement, voire de prédire ce qu'ils vont faire », énumère Audrey Renard. Ce métier a été beaucoup mis en lumière par les séries, les films, les médias. « Il nourrit beaucoup de fantasmes », constate-t-elle. On croit que le profilage consiste à identifier une personne en particulier, alors qu'il vise à dresser un profil assez large qui doit pouvoir être utilisé par les enquêteurs parmi leur liste de suspects.
Un métier qui fascine, mais qui reste méconnu
« Je crois que oui, au regard du nombre de demandes de stages et de CV que nous recevons », sourit la profileuse. « Nous sommes moins en vogue que les influenceurs, mais pas loin », ajoute-t-elle avec humour.
Rendre hommage aux enquêteurs
Le livre « Profileuse » avait un objectif précis : « rendre hommage aux enquêteurs avec lesquels je collabore ». On n'en parle pas forcément en bien quand on évoque des affaires non élucidées, qui traînent, ou lorsqu'ils se trompent. « On piétine souvent leur travail alors que ce sont des personnes ultra-investies dans leur profession, parfois au détriment de leur vie de famille », déplore-t-elle.
Les affaires marquantes : au-delà des grands noms
Audrey Renard a travaillé sur des affaires très médiatisées comme celles de Jonathann Daval, Michel Fourniret ou Nordahl Lelandais. Mais ce ne sont pas forcément celles qui l'ont le plus marquée. « La médiatisation des affaires judiciaires, pour moi, leur ôte leur côté émotionnel, à l'inverse d'autres, beaucoup plus anonymes », confie-t-elle. C'est le cas lorsque les faits sont particulièrement monstrueux, d'une extrême violence, ou encore quand la victime est un enfant. Elle se souvient d'avoir assisté à l'autopsie d'une fillette de 8 ans. « Une dissociation se fait alors au niveau du cerveau, pour accepter d'être là à ce moment-là », raconte-t-elle. Le caractère marquant peut aussi relever de la personnalité de l'auteur des faits. Parfois, la personne n'est ni antisociale, ni psychopathe, ni un grand pervers. Mais quand on découvre sa biographie, marquée par la violence et l'humiliation, on se dit « comment aurait-il pu en être autrement ? ».
Le crime parfait existe-t-il encore ?
Les progrès de la police scientifique, comme les sciences du comportement et l'ADN, resserrent l'étau sur les suspects. Mais la criminalité évolue aussi au gré de ces avancées. « Les criminels se protègent », observe Audrey Renard. Pour elle, « le crime parfait est une notion qui n'existe pas en soi. Ce n'est pas parce qu'il n'est pas résolu qu'un crime est parfait. C'est plutôt qu'il y a eu des couacs dans l'enquête ».
Une rencontre qui promet d'éclairer les mystères du cerveau criminel, et de rappeler que derrière chaque enquête, il y a des femmes et des hommes dévoués, souvent dans l'ombre.