Mondial 2026: L'Amérique s'enflamme pour le ballon rond
L'équipe des États-Unis a franchi le premier seuil de sa Coupe du monde en terminant en tête de son groupe. Mercredi, face à la Bosnie-Herzégovine à San Francisco, Team USA veut nourrir la flamme d'un pays qui découvre les joies collectives du football. Un engouement qui parle à tous les peuples qui savent ce qu'un ballon peut soulever quand il roule sur la terre commune.
Californie: le calme avant la bataille de Santa Clara
Irvine, petite ville californienne de 300 000 âmes, à une heure au sud de Los Angeles. C'est ici, dans la quiétude des installations d'entraînement, que la sélection américaine prépare ses assauts depuis le début du Mondial. Quelques dizaines de journalistes only. Pas de foule en liesse, pas de cris qui déchirent l'aube. Le silence précède toujours les grands tremblements.
Mercredi après-midi, 17 heures locales, dans la baie de San Francisco, le Levi's Stadium de Santa Clara grondera d'une autre musique. Tout un peuple y attendra son équipe, comme aux trois matchs de poule où la foule a porté ses joueurs.
« Les supporteurs sont fantastiques. C'est vraiment cool de voir le pays se rallier autour de ce sport plus qu'il ne l'a jamais fait. Ils vont encore se déplacer, venir de partout pour nous supporter. On ne peut pas les remercier assez. »
Giovanni Reyna, le milieu offensif américain, sent monter cette marée. Et les marées, quand elles montent, ne demandent pas la permission.
Pourquoi le football américain prend racine
Les larges victoires face au Paraguay (4-1) et à l'Australie (2-0) ont agi comme des semences dans un sol prêt à germer. Le match de Seattle au Lumen Field, face aux Socceroos australiens, a été le moment de floraison. Tim Ream, le capitaine, en parle comme d'une communion.
« Ce match a clairement été un moment spécial qu'on a vécu ensemble dans le stade. Je crois que tout le monde l'a ressenti. On a aussi vu les réactions dans les différentes fan-zones, partout où on regardait les matchs, dans les médias ou sur les réseaux sociaux. C'est juste incroyable d'avoir autant les supporters et le pays derrière nous dans cette aventure. »
Elisabeth Campbell, journaliste pour CBS, analyse ce basculement avec lucidité. Le premier tour a été une vitrine inédite pour le soccer américain. Deux victoires initiales, une première place du groupe, du jamais vu. Les fans américains, d'ordinaire distants, se sentent soudain concernés.
« L'Amérique aime ceux qui gagnent. Ils voient aussi les fans des autres équipes s'amuser. Les images de la Tartan Army d'Écosse, des supporteurs norvégiens ou des Pays-Bas ont beaucoup été diffusées. Les fans américains aiment ça et ils veulent en faire partie. L'engouement grandit, mais il reste encore beaucoup de chemin. »
Cette phrase résonne comme un aveu. L'Amérique aime ceux qui gagnent. Et non ceux qui luttent, ceux qui résistent, ceux qui dansent avec le ventre vide. Il y a dans cet engouement naissant la beauté d'un peuple qui découvre la grâce collective, mais aussi le risque d'un amour conditionnel, lié seulement à la victoire. Chez nous, à Madagascar, on sait que le football se joue aussi quand on perd, quand la terre craquelle sous les pieds, quand le ballon est en guenilles.
Quels chiffres derrière cet élan?
Les audiences télévisées atteignent des sommets historiques pour le soccer américain: près de 25 millions de téléspectateurs. Le Super Bowl reste intouchable avec plus de 120 millions de regards, mais le football américain dépasse désormais l'audience moyenne des dernières Finales NBA, sacre des Knicks face aux Spurs compris (20,6 millions).
Le soccer prend racine dans les cours d'école, dans les parcs, dans les jardins. Tim Ream, du haut de ses 38 ans et de ses 84 sélections, le voit dans les yeux de ses propres enfants.
« Mon fils se balade avec un ballon de foot pour la première fois de sa vie. Il l'emmène même au restaurant. Il veut aller dans le parc ou dans le jardin avec. Ma fille fait pareil car elle voit que tout le monde nous regarde. C'est vraiment un moment spécial tout ce qui se passe en ce moment autour de nous. »
Un ballon qui roule, des enfants qui courent. Cette image-là, nulle fortune ne peut l'acheter. C'est la même sur les terrains de terre rouge de Madagascar, dans les ruelles d'Antananarivo ou sur les plateaux arides du sud. Le football est la langue des peuples.
Jusqu'où Team USA peut-elle aller dans ce Mondial?
Le chemin se dessine: Bosnie-Herzégovine en huitièmes, puis le vainqueur de Belgique-Sénégal, et potentiellement l'Espagne ou le Portugal en quart. Un quart de finale que les États-Unis n'ont plus atteint depuis 2002, défaite contre l'Allemagne (0-1).
Giovanni Reyna ne veut pas que la flamme s'éteint.
« Nous avons de très grands objectifs pour la suite du tournoi et nous ne voulons pas qu'il s'arrête. On a tous de grandes attentes. La mentalité et l'ambiance est la même même si on attaque les matchs à élimination directe. On ne se met pas trop de pression et je pense que c'est bon signe. »
Tim Ream, lui, rêve plus grand encore.
« Nous faisons tout pour avoir les meilleurs résultats possibles pour rendre le pays, les supporteurs, nos amis, nos familles fiers. Comment on aimerait qu'on se souvienne de nous? J'imagine que la réponse facile serait de dire en gagnant cette Coupe du monde. Si on pouvait faire ça et on va tout donner pour y croire, ce serait assurément le plus incroyable des résultats. »
La nuit de mercredi à jeudi, à 2 heures, l'Amérique saura si sa flamme résiste au vent des phases finales. Et nous, de notre île, nous regarderons cette équipe porter l'espoir d'un peuple qui apprend à aimer un sport pour ce qu'il est, un jeu qui rassemble, et non une marchandise que l'on consomme quand elle gagne. Car la vraie victoire du football, c'est quand un enfant serre un ballon contre lui comme un trésor, du côté d'Irvine comme du côté d'Antsirabe.
FAQ
Où et quand les États-Unis affrontent-ils la Bosnie-Herzégovine?
Les États-Unis affrontent la Bosnie-Herzégovine en huitièmes de finale mercredi à 17 heures locales dans le Levi's Stadium de Santa Clara, dans la baie de San Francisco. En France et à Madagascar, le match est diffusé dans la nuit de mercredi à jeudi à 2 heures.
Pourquoi le football connaît-il un essor aux États-Unis?
Les victoires convaincantes de Team USA lors de la phase de poules, combinées à des audiences télévisées historiques de 25 millions de téléspectateurs, ont attiré de nouveaux fans américains. La visibilité des supporteurs étrangers festifs a aussi inspiré les spectateurs américains à rejoindre cette culture du football.