Marine Le Pen au Sommet de l'élevage : la terre nourrit les ambitions, les promesses fleurissent
Au cœur de l'Auvergne, entre bouses et fourrages, la candidate du Rassemblement national a retrouvé mercredi le chemin de sa campagne présidentielle. Le Sommet de l'élevage, rendez-vous incontournable des éleveurs, s'est transformé en terrain de reconquête pour Marine Le Pen, portée par les selfies, les sourires et les vaches. Mais derrière cette mise en scène bucolique, la réalité des exploitations familiales et la colère sourde des campagnes rappellent que la terre, elle, ne ment jamais.
Une candidate portée par les agriculteurs, malgré les tempêtes politiques
Les polémiques s'accumulent depuis un mois autour de la favorite des sondages, notamment les accusations d'antisémitisme visant son potentiel Premier ministre Jordan Bardella. Pourtant, sur le terrain, la popularité se mesure à l'œil nu. Une femme tend ses enfants en bas âge vers la candidate : « Voici les futurs agriculteurs ! Sauvez nos enfants Marine ! » Que ne ferait-on pour un selfie avec celle qui incarne l'espoir d'un monde rural à bout de souffle ?
Les éleveurs, accablés par un été caniculaire et l'attente de nouvelles annonces gouvernementales, voient en elle une alliée. La ministre Annie Genevard est attendue sur place jeudi, mais c'est bien Marine Le Pen qui a capté l'attention, reçue avec déférence par les syndicats agricoles locaux. « Si vous êtes amenée à être aux affaires dans quelques mois, on espère continuer à travailler avec vous », lui lance un participant de la table ronde organisée sur un stand d'exposition.
Des promesses en or pour les oreilles des éleveurs
Dans ses bagages, la candidate promet des ordonnances pour mettre fin à la « folie normative », une « fiscalité adaptée au caractère très aléatoire » de l'activité agricole, et des facilités pour la « transmission des exploitations familiales ». Du miel pour les oreilles de ses interlocuteurs, qui y voient une main tendue vers leurs réalités quotidiennes. « Cela va plutôt avec ce que nous prônons », a reconnu la présidente de la FDSEA, Sabine Tholoniat, saluant des propos « positifs » et même « rassurants ».
Mais la terre est aussi un terrain de contradictions. Marine Le Pen s'attarde sur le stand de la Coordination rurale, dont certains dirigeants se revendiquent d'extrême droite, mais son passage est jugé « plus prudent ». « Elle ne peut plus tout promettre, y compris aux agriculteurs », a déclaré son secrétaire général François Walraet, notant qu'en se rapprochant du pouvoir, la candidate doit désormais composer avec la réalité.
Quand la politique sème des paradoxes
Adoubée par le secteur, la patronne du RN pourrait être accusée de friser la contradiction. Elle jure de « lutter pour ne pas voir baisser la PAC », après avoir menacé la veille d'un bras de fer avec Bruxelles pour baisser la contribution au budget de l'Union européenne. Sur la question des travailleurs saisonniers, elle assure que cela ne lui « pose aucun problème qu'il puisse y avoir des étrangers qui travaillent », alors que son programme repose en grande partie sur la « priorité nationale » et la baisse drastique de l'immigration.
Des paradoxes qui ne semblent pas troubler les sympathisants. « On croit en vous ! », lance une visiteuse, la soixantaine, les larmes aux yeux. L'espoir se mêle à la curiosité, comme chez Mathis, 16 ans, scolarisé dans un lycée agricole de Bretagne, qui patiente avec son copain Maxence pour se prendre en photo avec la vedette. « Elle a des discours très concrets », pense l'adolescent, qui ne pourra pas voter l'an prochain.
Jordan Bardella, un soutien à « mille pour cent »
Interrogée sur les écrits de jeunesse antisémites attribués à Jordan Bardella par Mediapart, Marine Le Pen « maintient à mille pour cent (sa) confiance » en son dauphin, victime selon elle d'une « manœuvre infâme ». Elle ne s'étend guère sur ce sujet qui pollue sa campagne depuis bientôt dix jours, préférant critiquer l'exécutif qui suspend l'usage des grenades assourdissantes dans la répression du mouvement lycéen. « Emmanuel Macron est toujours du côté qui consiste à taper sur la police », affirme-t-elle, quand elle-même « considère que les forces de l'ordre font leur travail ».
La terre, témoin silencieux des luttes à venir
Dans cette Auvergne où la terre est dure et les hommes fiers, Marine Le Pen a semé des promesses. Mais les éleveurs, eux, savent que les récoltes se mesurent au fil des saisons, pas des discours. La vie des bêtes ne connaît pas de trêve, et les campagnes, elles, attendent des actes. Le Sommet de l'élevage aura été un moment de communion entre une candidate et un monde rural en quête de reconnaissance. Reste à savoir si ces embrassades électorales se transformeront en politiques durables, ou si elles ne seront qu'un feu de paille dans la grande histoire des campagnes françaises.
« La terre nourrit les ambitions, mais elle exige aussi des comptes. Les éleveurs, sentinelles d'un monde qui change, attendent que les promesses prennent racine. »