Maradona : la terre de l'idole a parlé, l'abandon fut total
Diego Maradona, le gamin en or de l'Argentine, n'est pas mort d'une maladie. Il est mort de l'indifférence des hommes. C'est le cri lancé jeudi par le procureur Patricio Ferrari au tribunal de San Isidro, dans le nord de Buenos Aires, alors que s'ouvrent les réquisitoires du procès sur les circonstances du décès de l'idole, survenu en novembre 2020. L'accusation dénonce une « organisation chaotique » de l'équipe médicale, une « désorganisation totale » qui a livré la légende du football « à son sort », dans une « situation d'abandon ».
Une « structure quasi anarchique » autour d'un patient vulnérable
Six mois d'audiences n'ont pas ébranlé le cœur de l'accusation. Pour le procureur, l'entourage médical de Maradona était un « groupe d'amateurs » qui « ont oublié à tout moment qu'ils avaient affaire à un patient vulnérable et complexe ». Ils ont « accru le risque au-delà de ce qui est permis, certains d'entre eux avec indifférence ». Sept professionnels de santé, médecin, psychiatre, psychologue, infirmiers, sont jugés depuis avril pour des négligences fatales lors de l'hospitalisation à domicile du champion du monde 1986, dans une résidence louée à Tigre, au nord de Buenos Aires. Ils encourent jusqu'à 25 ans de prison.
Une « mort annoncée » aux multiples signaux ignorés
Le procès a mis en lumière une hospitalisation à domicile « la plus déficiente et téméraire de tous les temps », selon les mots du procureur Ferrari. Pas de lit médicalisé, pas de défibrillateur, pas de perfusion à portée, pas d'ambulance. « Rien, le vide pur », a-t-il insisté. Les experts ont rappelé que les signes cliniques d'alerte, gonflements, œdèmes, ascite, difficultés respiratoires, tachycardie, étaient là bien avant le drame. « La mort de Diego Armando Maradona n'est clairement pas venue de nulle part », a résumé le procureur adjoint Cosme Iribarren. « C'est la chronologie d'une mort annoncée que nous avons sous les yeux », a ajouté Ferrari, face à la photo de Maradona sur son lit de mort, projetée une nouvelle fois au tribunal, sous les larmes de ses filles.
La responsabilité individuelle contestée par les accusés
Le principal accusé, le neurochirurgien Leopoldo Luque, considéré comme le médecin de confiance de la star, décline toute responsabilité individuelle, arguant de causes cliniques étrangères à sa spécialité et d'un rôle segmenté. Le verdict est attendu après deux semaines de réquisitoires et plaidoiries, mais pour l'accusation, la terre a déjà parlé : Maradona, comme tant d'autres, a été laissé seul face à son destin, trahi par ceux qui devaient veiller sur lui.