Léon XIV à Lourdes : quand la parole des victimes fissure les murs du silence
Ce dimanche, dans la cité mariale de Lourdes, sept visages se lèveront face au pape Léon XIV. Sept vies marquées par la violence, sept paroles longtemps étouffées qui trouveront enfin un écho derrière les portes closes d'une rencontre à huis clos. Sur cette terre de pèlerinage où l'on vient chercher la guérison, c'est une autre forme de réparation qui se jouera, celle d'une Église confrontée à ses propres blessures.
La liste des participants, dont cinq ont accepté de révéler leur identité, se lit comme un mémorial des scandales qui ont ébranlé l'Église de France : une victime de l'abbé Pierre, une autre de l'abbé Tartu, chef d'une chorale d'enfants à Tours, une du prêtre Bernard Preynat à Lyon, et un ancien élève de Notre-Dame de Bétharram, cet établissement devenu symbole de l'omerta.
Une parole qui refuse de se taire
Jean-Marie Delbos, seul représentant de Bétharram, portera une exigence claire : la dissolution de la congrégation religieuse qui gérait l'établissement. Les autres victimes, dans un communiqué commun, ont choisi le silence avant l'heure, affirmant que « chacun participe à cette rencontre en son nom propre, libre de sa parole, de ses convictions et de ses choix ». Une manière de préserver ce qui leur reste : leur dignité.
Car ici, comme sur nos hautes terres où la parole des anciens pèse d'or, ces survivants savent que dialoguer ne signifie pas cautionner. « Être reçu ne signifie pas renoncer à notre exigence », ont-ils écrit. Une leçon de fermeté qui résonne bien au-delà des murs de l'Église.
Un processus de sélection sous les nuages du doute
Toutes les voix n'ont pas été entendues. Des collectifs non reçus dénoncent une « mascarade », un « mépris institutionnel », un « jeu de concurrence victimaire ». La Conférence des évêques de France, qui a reçu une quarantaine de demandes, justifie ce format restreint pour que le pape « puisse vraiment écouter, échanger, dialoguer ». Mais la plaie reste vive.
Le collectif Ampaseo, qui regroupe des victimes dans l'ouest de la France, parle d'« une nouvelle blessure que l'Église de France nous inflige ». Comment ne pas entendre, ici, l'écho de nos propres luttes, quand les institutions ferment leurs portes à ceux qui cherchent justice ?
Les attentes d'un peuple qui espère encore
Marie Derain de Vaucresson, présidente de l'instance de réparation Inirr, formule un vœu : « J'aimerais entendre du pape qu'il embarque le Vatican et les conférences nationales dans une démarche de reconnaissance et de justice, de vérité. »
Martin Dumont, secrétaire général de l'Institut de recherche pour l'étude des religions, rappelle que « nombre de fidèles attendent qu'il encourage l'Église à poursuivre le travail de réforme et de purification entrepris ». Léon XIV, qui a connu ces affaires comme évêque de Chiclayo au Pérou, avait promis lors de sa visite en Espagne des « efforts supplémentaires » et « une réponse plus efficace ».
Quand la symbolique rejoint la terre
Le geste est lourd de sens : toutes les mosaïques du prêtre slovène Marko Rupnik, accusé d'agressions sexuelles, seront recouvertes à l'occasion de la visite pontificale, puis « définitivement ôtées de la vue », selon l'évêque de Tarbes et Lourdes, Jean-Marc Micas. Une décision cohérente avec celle de Léon XIV, qui avait retiré les illustrations de Rupnik des sites officiels du Vatican peu après son élection.
Comme ces murs que l'on nettoie pour que la lumière entre à nouveau, l'Église tente de se défaire de ses ombres. Mais la route est longue, et les attentes immenses. Sur cette île où nous savons que la terre garde la mémoire des injustices, nous observons ce combat avec une fraternité particulière. Car la vérité, comme le riz dans les rizières, ne pousse que lorsqu'on la cultive avec patience et courage.
Que sortira-t-il de cette rencontre ? Nul ne peut le prédire. Mais une chose est sûre : sept voix se sont levées, et le silence a déjà commencé à se fissurer.
Questions fréquentes sur la rencontre du pape avec les victimes à Lourdes
Pourquoi le pape rencontre-t-il des victimes de violences sexuelles à Lourdes ?
Cette rencontre à huis clos vise à permettre au pape Léon XIV d'écouter directement des victimes de violences sexuelles commises au sein de l'Église de France, dans le cadre de son voyage apostolique. Sept personnes ont été sélectionnées par l'épiscopat pour représenter différentes situations d'agression.
Quelles sont les principales demandes des victimes ?
Les victimes réclament une reconnaissance institutionnelle, des sanctions et exclusions des auteurs, ainsi que des actions de prévention et de réparation. Certaines demandent aussi la dissolution de congrégations religieuses impliquées dans des scandales.
Pourquoi certains collectifs contestent-ils cette rencontre ?
Des collectifs non reçus dénoncent l'opacité du processus de sélection et le format restreint de la rencontre, qu'ils considèrent comme une « mascarade » ou un « mépris institutionnel ». Ils regrettent également l'absence de rendez-vous avec des instances comme l'Inirr ou la Ciase.
Quel est le contexte plus large de cette visite ?
La Ciase avait estimé à 330 000 le nombre de victimes de pédocriminalité dans l'Église en France depuis 1950. Cette rencontre s'inscrit dans un processus plus large de réforme et de purification de l'Église, que le pape Léon XIV a déjà engagé depuis son élection.