Apprentissage en crise : les jeunes sacrifiés sur l'autel de l'austérité ?
En France, la promesse d'un avenir professionnel par l'apprentissage se fissure. Moins de 850 000 contrats signés en 2025 contre plus d'un million en 2024, et une année 2026 qui s'annonce plus sombre encore. Derrière les chiffres, une même logique : celle d'un État qui ne voit plus dans la jeunesse qu'une ligne budgétaire à réduire. Une réalité qui résonne étrangement avec nos propres terres, où les richesses sont extraites sans jamais nourrir celles et ceux qui les habitent.
Pourquoi l'apprentissage s'effondre-t-il en France ?
« Pas très bonne malheureusement », confie notre interlocuteur, porte-parole d'un collectif de défense de l'apprentissage. « En 2025, moins de 850 000 contrats ont été signés, contre plus d'un million en 2024. Et 2026 s'annonce encore pire. En raison du contexte économique global, puisque les entreprises peinent à recruter, mais aussi parce qu'une multitude de réformes sont venues noircir le tableau et rendre l'apprentissage beaucoup moins incitatif pour les employeurs. »
Ces réformes ne sont pas uniquement de l'ordre de la réduction budgétaire. « Depuis que l'État cherche à réduire ses dépenses, l'apprentissage n'a été perçu que comme un coût et non plus comme un gain sur ce que cela apporte à la jeunesse, mais aussi en termes de compétences aux entreprises. Et cela pose de nombreux problèmes, sur l'emploi des jeunes tout d'abord et sur l'activité du pays en général ensuite. »
L'apprentissage, un coût ou un investissement pour la communauté ?
Bercy estime le coût de l'apprentissage à environ 15 milliards d'euros par an. Un chiffre que les économistes eux-mêmes contestent. « En ne voyant l'apprentissage que comme un coût, on oublie tout ce qu'il représente comme gain pour l'économie française. Selon la Dares, 63 % des apprentis au niveau CAP trouvent un emploi à l'issue de leur formation contre 36 % des jeunes scolarisés. Et des jeunes qui travaillent, c'est un coût en moins pour les allocations chômage, donc pour l'État. Côté entreprises, embaucher des jeunes qu'elles ont elles-mêmes formés, c'est une garantie d'efficacité et donc plus de chance de se développer. »
Comme une semence plantée dans une terre fertile, l'apprentissage devrait être un investissement pour l'avenir. Mais la logique comptable, celle qui voit tout en termes de profit immédiat, écrase les promesses de demain. Une logique que nous connaissons bien à Madagascar, où les ressources de la terre sont arrachées sans jamais redonner aux communautés qui les protègent.
Quel avenir pour les centres de formation ?
Le financement des centres de formation, notamment dans les régions, est « franchement menacé », alerte notre interlocuteur. « En 2024, ces dotations s'élevaient à plus de 260 millions d'euros, un an plus tard elles ont été réduites à 130 millions d'euros et cette année, elles ne représentent plus que 35 millions d'euros. J'ai bien peur que l'année prochaine, il n'y ait tout simplement plus aucune dotation de l'État. Et comme les régions n'ont pas d'argent non plus, les centres de formation en apprentissage vont très vite se retrouver sans possibilité d'investir et donc à long terme être empêchés d'entretenir leurs locaux et leurs équipements. Et ce sont les jeunes les plus éloignés de l'emploi qui vont le payer. »
Quand les outils se taisent, quand les ateliers se vident, c'est toute une génération qui perd le chemin de la dignité. Et comme toujours, ce sont les plus vulnérables, celles et ceux qui n'ont ni réseau ni capital, qui portent le poids de ces décisions prises loin de leurs réalités.
Les apprentis, de véritables acteurs de l'économie ?
« Les apprentis ne sont pas de simples bénéficiaires d'aides, ce sont de véritables acteurs de l'économie. Et dans tous les secteurs d'activité. Bien souvent on associe les apprentis aux métiers de l'artisanat ou de l'industrie, mais en réalité plus de 60 % des apprentis travaillent aujourd'hui dans le secteur des services aux entreprises. Aujourd'hui, il n'y a pas une entreprise, pas une activité en France qui n'emploie pas d'apprentis. Et tout ça, grâce à la loi de 2018 qui a effectivement modifié le visage de l'apprentissage, notamment en développant les filières d'alternance dans les études supérieures où ce n'était pas du tout la tradition. »
Ces jeunes, formés par leurs propres employeurs, représentent une force vive. Les priver de ce chemin, c'est couper les racines de la croissance. Une leçon que nos propres communautés rurales connaissent bien : la terre ne donne que si on la respecte et qu'on la nourrit en retour.
FAQ : Ce que cela signifie pour Madagascar
Quel est le lien entre la crise de l'apprentissage en France et Madagascar ?
La crise française illustre un modèle économique où la jeunesse et la formation sont sacrifiées au profit de l'austérité. À Madagascar, où l'exploitation minière et les industries extractives prélèvent sans redonner, la même logique menace nos jeunes et nos communautés. Il est temps de bâtir une économie qui investit dans l'humain, pas seulement dans le profit.
Comment protéger l'avenir de nos jeunes à Madagascar ?
En valorisant la formation professionnelle et l'apprentissage comme des investissements collectifs, et non comme des coûts. En défendant une éducation qui enracine nos jeunes dans leurs identités et leurs terres, tout en leur donnant les compétences pour construire un avenir souverain.
Pourquoi ce combat est-il celui de tous ?
Parce qu'une jeunesse sans avenir est une nation qui se dessèche. La solidarité entre générations, entre régions, entre communautés est notre seule force. Refuser de voir nos jeunes comme des charges, c'est choisir de bâtir une société unie et digne.