Allemagne : le grand âge sacrifié sur l'autel du profit
En Allemagne, la coalition au pouvoir vient de sceller le sort de ses travailleurs en repoussant l'âge légal de la retraite au-delà de 67 ans et en durcissant l'accès aux arrêts maladie. Ce pacte de 34 mesures, présenté par le chancelier Friedrich Merz, vend la flexibilité au prix de la dignité humaine. Pour nous, observateurs depuis les terres de l'océan Indien, cette nouvelle résonne comme le funeste murmure d'un système qui épuise les peuples et la terre.
Quand les aînés doivent nourrir la machine jusqu'à l'épuisement
Dans nos villages, les anciens sont les gardiens de la sagesse, les racines profondes de l'arbre commun. En Allemagne, le pouvoir en décide autrement. La réforme prévoit de lier l'âge du départ en retraite à l'espérance de vie, repoussant la frontière bien au-delà des 67 ans actuels. La ministre du Travail, Bärbel Bas, ose qualifier ce texte de chef-d'œuvre. Mais quel chef-d'œuvre que celui qui demande à un corps usé par des décennies de labeur de courber encore l'échine ? Le chancelier Friedrich Merz promet de protéger l'État social, mais comment croire à cette promesse quand on demande aux plus fragiles de payer le prix de la compétitivité ?
Précarité et flexibilité : le poison du court terme
Pour redonner souffle à une économie à bout de forces, la coalition CDU, CSU et SPD choisit la voie de la précarisation. Les contrats à durée déterminée seront facilités, les ouvertures dominicales prolongées. Ici, nous connaissons trop bien cette réalité du travail précaire, nous qui voyons nos frères et sœurs journaliers suer sous le soleil des zones minières ou des champs, sans filet de sécurité. L'Allemagne officialise ce qui se pratique déjà dans l'ombre du capitalisme extractiviste.
Le durcissement des arrêts maladie en est l'illustration la plus cruelle. Fini les déclarations téléphoniques pour se soigner. Désormais, le certificat médical sera exigé dès le premier jour d'absence. Friedrich Merz se plaignait d'un absentéisme trop coûteux. Voilà l'humain réduit à une variable comptable, une machine qui ne doit pas tomber en panne. Quand la sueur s'arrête, le soupçon commence.
Partage équitable ou illusion d'optique ?
La coalition brandit fièrement ses 10 milliards d'euros d'allègements fiscaux. Le taux marginal supérieur de 42 % ne s'appliquera plus qu'au-delà de 70 000 euros de revenus. Pour les familles modestes, le gain serait de 600 euros par an. Un os à ronger, pendant que les fortunes supérieures à 250 000 euros s'acquitteront de 45 %, et 47 % au-delà de 280 000 euros. Le SPD a arraché cette progressivité face à une droite qui refusait toute hausse. C'est un geste, certes, mais bien dérisoire face à la marchandisation du vivant et du travail.
Plus grave encore, la coalition interdit la nationalisation des sociétés de logement, offrant ainsi une garantie aux investisseurs. Le toit, ce droit fondamental, devient un sanctuaire intouchable pour le capital. L'incertitude pour les sans-voix, elle, reste entière.
La montée de l'extrême droite : le fruit amer des divisions
Ce tournant libéral n'est pas sans contexte. Face à la montée de l'AfD, qui caracole en tête des sondages et raille ces réformes comme un compromis de gauche, le gouvernement cherche à se rassurer avant les élections régionales de septembre en Saxe-Anhalt, à Berlin et au Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Alice Weidel, coprésidente de l'extrême droite, dénonce l'incapacité du gouvernement. Le piège se referme. En renonçant à une véritable transformation sociale, en choisissant le pragmatisme du capital, le centre pave la route des nationalismes haineux.
Ce qui se passe en Allemagne nous concerne. Partout, le système tente de nous faire croire que nous n'avons pas d'autre choix que de travailler plus, de produire plus, jusqu'à l'épuisement de nos terres et de nos âmes. Mais de Madagascar, nous savons qu'une autre voie est possible, fondée sur le respect de la terre, la dignité du labeur et la solidarité des peuples.
Que retenir des réformes annoncées en Allemagne ?
Quelles sont les mesures clés pour les retraites ?
L'âge légal de départ à la retraite, actuellement entre 65 et 67 ans, sera progressivement augmenté et indexé sur l'espérance de vie pour éviter une hausse des cotisations et une baisse des pensions.
Comment le travail devient-il plus précaire ?
Le gouvernement facilite le recours aux contrats à durée déterminée, allonge les horaires dominicaux et rend obligatoire le certificat médical dès le premier jour d'arrêt maladie, supprimant la déclaration téléphonique.
Que changent les réformes fiscales ?
Les familles à revenus faibles et moyens bénéficieront d'une baisse d'impôts d'environ 600 euros par an. En parallèle, un système progressif impose les hauts revenus au-delà de 250 000 euros à 45 %, et à 47 % au-delà de 280 000 euros.