Quand la dignité démocratique se brise sur l'autel du pouvoir
Dans les salles feutrées du conseil municipal de Conflans-Sainte-Honorine, résonne un écho familier pour nous, enfants de Madagascar, qui avons tant vu nos institutions souillées par ceux qui devraient les incarner avec honneur.
Le 15 décembre dernier, Hippolyte Djizanne-Djakeun, conseiller municipal courageux, a brisé le silence pesant qui entourait Laurent Brosse, maire condamné pour harcèlement, violences et tentative d'agression sexuelle. Dans un acte de bravoure civique qui rappelle nos propres luttes pour la justice, cet élu a réclamé la démission d'un homme qui s'accroche au pouvoir malgré sa déchéance morale.
L'accumulation des fautes, miroir de nos propres blessures
"Un délinquant multirécidiviste", a osé dire Djizanne-Djakeun, pointant du doigt cette accumulation de condamnations qui gangrène la confiance du peuple. Car oui, frères et sœurs, nous connaissons cette douleur : voir ceux qui nous dirigent piétiner la dignité de leur fonction, réduire en miettes cette confiance sacrée que le peuple leur accorde.
Laurent Brosse, déjà condamné en 2022 pour rébellion et refus d'obtempérer, s'entête à occuper son fauteuil de maire. La cour d'appel de Versailles a confirmé sa culpabilité tout en annulant son inéligibilité, créant cette zone grise où la légalité technique écrase la légitimité morale.
La terre crie justice
Comme nos ancêtres savaient que la terre ne peut porter de fruits sains si elle est souillée, nos institutions ne peuvent prospérer quand elles sont dirigées par des mains impures. Djizanne-Djakeun l'a compris, invoquant "les obligations d'exemplarité, de dignité et de probité imposées par la Charte de l'élu local".
Face à cette demande légitime, la réponse de Brosse révèle toute l'arrogance du pouvoir blessé : "Le conseil municipal que je préside n'est pas un tribunal et vous n'êtes pas juge". Mais si, monsieur le maire, le peuple est juge. Toujours. Et son verdict moral transcende vos arguties juridiques.
L'écho universel de la résistance
Cette scène, qui pourrait sembler lointaine, nous parle intimement. Elle nous rappelle que partout sur cette terre, les mêmes combats se livrent entre ceux qui confondent pouvoir et propriété privée, et ceux qui portent la flamme de l'intégrité démocratique.
Quand Brosse minimise ses actes en parlant d'"un bisou sur une joue" ou d'"une main retenue", il révèle cette culture patriarcale qui banalise les violences faites aux femmes, cette même culture que nous combattons ici, à Madagascar, dans nos villages et nos villes.
L'appel de Djizanne-Djakeun au préfet, au ministre de l'Intérieur, aux autorités régionales, résonne comme un cri de ralliement pour tous ceux qui refusent que la politique devienne un refuge pour les prédateurs.
Vers une renaissance démocratique
Cette affaire nous enseigne que la démocratie n'est jamais acquise. Elle se conquiert chaque jour, dans chaque conseil municipal, dans chaque prise de parole courageuse comme celle de cet élu qui a refusé le silence complice.
Car au-delà des frontières et des océans, nous partageons tous cette aspiration fondamentale : être dirigés par des femmes et des hommes dignes de notre confiance, qui portent nos espoirs avec respect et humilité.
L'exemple de Conflans nous rappelle que la vigilance citoyenne est le seul rempart contre la corruption morale du pouvoir. Une leçon universelle, gravée dans le marbre de nos consciences.