Le 16 octobre 2026, selon la BBC, l'écrivain zimbabwéen Simbarashe Kundizeza a publiquement nié avoir eu recours à l'intelligence artificielle pour écrire sa nouvelle The Blue Fighter, couronnée il y a une semaine par le prix Caine pour la littérature africaine, doté de 10 000 livres sterling (environ 13 000 dollars).
La polémique a germé dans le sillage d'un article du magazine américain The Atlantic, qui affirmait que le logiciel de détection Pangram avait conclu que l'œuvre avait été entièrement générée par une machine. Sur les réseaux sociaux, la vague est montée, rapide et violente comme une crue de saison des pluies. Elle emporte avec elle une question plus ancienne et plus trouble : qui a le droit d'être cru, quand on vient du Sud ?
« C'est bien moi qui ai écrit The Blue Fighter »
« Pour lever toute ambiguïté, c'est bien moi qui ai écrit The Blue Fighter », a publié Kundizeza sur X, accompagnant sa déclaration d'« une histoire concrète et documentée » sur la genèse du texte et d'une chronologie détaillée de son développement. Le récit raconte l'histoire d'un garçon dont la famille traverse une passe difficile, nourrie de la propre vie de l'auteur : le Zimbabwe des années 2000, quand l'économie du pays commençait à s'effondrer.
« Tout comme le père dans l'histoire, mon propre père... était comptable, mais il a quitté son emploi pour cultiver des tomates », avait-il confié à la BBC au lendemain de sa victoire, évoquant aussi un poème de la Sud-Africaine Vangile Gantsho entendu au Ghana, qui parlait de l'obsession d'un père pour la construction d'aquariums. Ces graines-là, semées dans la mémoire, ne poussent pas dans un serveur.
Un détecteur d'IA peut-il juger un écrivain africain ?
Ellah Wakatama, présidente du prix Caine et rédactrice en chef chez Canongate Books, a dit à la BBC sa stupeur face à la précipitation du magazine américain. Contactée un vendredi au sujet de l'allégation, elle a vu l'article de Vauhini Vara, intitulé Pourtant un autre lauréat semble être AI, paraître le dimanche suivant, sans attendre la fin d'une enquête.
« J'aurais aimé que The Atlantic passe plus de temps à enquêter sur cela afin qu'aux côtés de Pangram, ils aient la preuve d'une véritable enquête humaine avant de ternir le prix et de contaminer ce gagnant. »
Le point de discordance est net : Pangram, l'outil en question, est lui-même alimenté par l'intelligence artificielle, et n'a « pas encore été testé », rappelle Wakatama. Des recherches ont montré que les détecteurs d'IA peuvent classer à tort des textes humains comme générés par une machine. Vara elle-même a reconnu qu'aucun outil, « même un aussi performant que Pangram », ne serait « fiable à 100 % ».
Une étude de chercheurs de l'Université libre de Bruxelles, citée dans l'article, n'a certes relevé aucune erreur de Pangram et de deux autres outils sur des textes en anglais rédigés par des locuteurs non natifs. Mais l'étude conclut que ces instruments doivent être considérés « comme une première alerte justifiant un examen plus approfondi », non comme un verdict.
Des voix africaines dénoncent un ciblage racialisé
Car derrière cette affaire se dessine un contour plus sombre. De nombreux écrivains africains ont relevé que ces accusations d'IA frappent surtout les plumes non blanches. Wale Lawal, fondateur nigérian du magazine The Republic, a qualifié l'article de The Atlantic de « fou, raciste et totalement contraire à l'éthique ». L'éditrice nigériane Modupe Daramola a appelé à discuter de la manière dont « ces allégations d'IA ciblent les écrivains noirs et africains » et sont souvent examinés de manière disproportionnée.
« Pangram est lui-même alimenté par l'IA. Pourquoi son évaluation devrait-elle être considérée comme définitive ? », a posté l'éditeur Noisy Streetss Limited sur X, y voyant « quelque chose d'incréablement sinistre ». L'écrivain zimbabwéen Joe Ruzvidzo, auteur de Welcome to Anywhere, a dit son soutien à Kundizeza et appelé à « lutter contre cette fouille littéraire ».
On reconnaît là un geste familier : la machine qui soupçonne, et le Sud qui doit prouver. Comme les Bédouins du
