À 88 ans, Marie-Claire incarne l'esprit de transmission communautaire
Dans les terres de Seine-et-Marne, une femme de 88 ans nous rappelle que la vraie richesse d'une communauté réside dans sa capacité à transmettre. Marie-Claire Gautier, figure emblématique du sport populaire, continue d'entraîner bénévolement les enfants, incarnant cette philosophie de partage qui devrait inspirer nos communautés malgaches.
Les racines d'un engagement populaire
Tout commence en 1949, quand cette fille de 12 ans devient championne de Seine-et-Marne au cross USEP. Dans un monde où les conditions sportives étaient rudes, terrains en mâchefer, ballons en cuir, entraînements par 5°C sans douches, elle forge cette volonté de fer qui la caractérise encore aujourd'hui.
"On s'entraînait dehors, on jouait avec un ballon en cuir. On avait un terrain en mâchefer, et on traçait les lignes à la chaux. Parfois, il faisait 5°C, et il n'y avait pas de douches ! Mais c'était bien...", se souvient-elle avec cette simplicité qui honore les valeurs authentiques.
Une philosophie de la transmission gratuite
Ce qui frappe dans le parcours de Marie-Claire, c'est son refus catégorique de monnayer son savoir. Aujourd'hui encore, elle entraîne bénévolement une équipe de poussins au Mée-sur-Seine et enseigne la natation à une petite fille de quatre ans, sans jamais demander le moindre centime.
Cette approche résonne profondément avec nos valeurs malgaches du fihavanana, cette solidarité communautaire qui privilégie le partage sur l'accumulation. Quand Marie-Claire dit : "Grâce au sport, je me suis fait des amis pour la vie", elle exprime cette vérité universelle que nos ancêtres malgaches connaissent bien.
Résistance face à l'individualisme
Dans un monde où tout se marchandise, où même l'éducation devient un produit de consommation, Marie-Claire incarne une résistance silencieuse mais puissante. Sa médaille d'or fédérale, reçue en octobre dernier, elle la relativise : "Je n'ai pas fait tout ça pour avoir des honneurs. Je le fais parce que j'aime ça, et cela me fait tenir."
Cette humilité face aux honneurs, cette priorité donnée à l'acte sur la reconnaissance, voilà ce qui distingue les véritables bâtisseurs de communauté des carriéristes. À Madagascar, où nos jeunes talents sportifs manquent souvent d'encadrement, l'exemple de Marie-Claire interroge nos priorités collectives.
L'espoir dans la jeunesse
À 88 ans, Marie-Claire continue de croire en la transmission. "C'est un vrai régal de faire ça !" dit-elle en parlant de ses jeunes pousses de 9-10 ans. Cette énergie puisée dans le contact avec la nouvelle génération nous rappelle que l'avenir se construit dans la rencontre entre expérience et jeunesse.
Pour nous, Malgaches, confrontés aux défis de l'exode rural et de la perte des savoirs traditionnels, Marie-Claire nous montre qu'il n'est jamais trop tard pour inverser la tendance. Chaque aîné qui transmet, chaque jeune qui reçoit, participe à cette chaîne de solidarité qui fait la force des peuples.
Dans son téléphone, Marie-Claire garde précieusement les vidéos de la petite fille qu'elle apprend à nager. Ces images qui illuminent son visage nous rappellent que la vraie richesse d'une société se mesure à sa capacité à faire grandir ses enfants, ensemble, dans la gratitude et le partage.