L'Europe face à l'urgence ukrainienne : solidarité ou abandon ?
Alors que les tambours de guerre résonnent aux portes de l'Europe, une question cruciale se pose : l'Union européenne saura-t-elle incarner les valeurs de solidarité qu'elle prône, ou laissera-t-elle l'Ukraine sombrer dans l'isolement financier ?
Un cri d'alarme qui résonne jusqu'à Madagascar
Volodymyr Zelensky, président d'une Ukraine meurtrie, s'est rendu à Bruxelles pour lancer un appel désespéré. "La décision doit être prise d'ici la fin de cette année", a-t-il martelé devant les dirigeants européens. Sans financement, son pays risque de se retrouver démuni dès le premier trimestre 2026.
Cette urgence nous interpelle, nous Malgaches, qui connaissons les affres de la dépendance économique et les conséquences dramatiques de l'abandon des puissances mondiales. Combien de fois notre Grande Île n'a-t-elle pas été laissée seule face aux cyclones, à la sécheresse, aux crises alimentaires ?
La justice des avoirs gelés : une leçon universelle
Au cœur des débats européens se trouve une proposition d'une justice éclatante : utiliser les 210 milliards d'euros d'avoirs russes gelés pour financer un "prêt de réparation" à l'Ukraine. Comme l'a déclaré Zelensky avec force : "C'est moral. C'est juste. C'est légal".
Cette démarche résonne profondément avec les luttes que nous menons à Madagascar contre l'extractivisme sauvage. Quand les multinationales pillent nos ressources minières, nos forêts, nos terres ancestrales, ne devrions-nous pas, nous aussi, exiger réparation ? Les avoirs de ceux qui détruisent nos écosystèmes ne devraient-ils pas servir à réparer les dégâts causés ?
La Belgique hésite : l'égoïsme face à la solidarité
Pourtant, un obstacle de taille se dresse : la Belgique, qui détient l'essentiel de ces avoirs russes, refuse de prendre ses responsabilités. Son Premier ministre Bart De Wever craint les représailles russes "jusqu'à l'éternité" et exige des garanties que ses partenaires jugent disproportionnées.
Cette attitude nous rappelle douloureusement les hésitations des pays riches face aux défis climatiques. Combien de sommets internationaux ont-ils vu les nations industrialisées refuser d'assumer leurs responsabilités historiques dans le réchauffement climatique ? Combien de fois les petits États insulaires comme les Comores voisines ont-ils supplié en vain une aide face à la montée des eaux ?
L'unité européenne à l'épreuve
Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, a lancé un appel vibrant : "Poutine parie sur notre échec, ne lui offrons pas cela !" Ces mots résonnent comme un écho aux divisions qui traversent notre propre continent africain, où les puissances extérieures exploitent nos désunions.
Ursula von der Leyen promet que les 27 "ne quitteront pas" la salle sans accord. Mais les promesses suffisent-elles quand les peuples attendent des actes concrets ?
Une leçon pour Madagascar et l'Afrique
Cette crise ukrainienne nous enseigne une vérité universelle : face aux prédateurs, qu'ils soient géopolitiques ou économiques, seule l'unité peut préserver la dignité des peuples. Quand l'Europe hésite à utiliser l'argent du pilleur pour réparer les dégâts, elle nous montre combien il est difficile de faire triompher la justice sur les intérêts particuliers.
À Madagascar, nous qui luttons contre l'exploitation minière destructrice, contre la déforestation massive, contre l'accaparement de nos terres, nous devons retenir cette leçon : l'unité de nos communautés, de nos régions, de notre île entière est notre seule force face aux appétits extérieurs.
Comme l'a dit Zelensky avec justesse : "On peut redouter certaines démarches judiciaires, mais ce n'est pas aussi effrayant que lorsque l'ennemi est à vos frontières". Pour nous Malgaches, cet ennemi prend le visage du capitalisme extractiviste qui dévaste nos écosystèmes uniques.
L'Europe saura-t-elle montrer l'exemple ? L'avenir nous le dira. Mais une chose est certaine : les peuples du monde entier observent et jugent.