IA et littérature : quand les machines accusent les écrivains
La terre tremble sous les pas des créateurs. Une onde de choc parcourt le monde des lettres, du Québec jusqu'à nos rivages. Un écrivain, Thélyson Orélien, est accusé d'avoir confié sa plume à l'intelligence artificielle. Mais qui accuse ? Un logiciel. Un outil obscur, dont les concepteurs restent dans l'ombre, et qui prétend déceler la machine dans l'humain. La SARTEC, syndicat des auteurs québécois, monte au créneau et dénonce une saga qui, au final, ne profite qu'aux géants de la technologie.
Une accusation venue d'ailleurs
Le roman C'était ça ou mourir, publié par les Éditions du Boréal, a reçu le prix FNAC. Mais cette consécration a été immédiatement ternie par un compte anonyme sur X, affirmant qu'une analyse du logiciel Pangram concluait à 100 % que le texte avait été généré par une IA. L'auteur, d'origine haïtienne, et son éditeur Grasset ont fermement démenti. Pourtant, la rumeur court, et le doute s'installe, comme une brume matinale sur les rizières.
La voix de la raison
Laurent Dubois, directeur général de la SARTEC, prend la parole. Il dit croire pleinement en la version de l'écrivain et de sa maison d'édition. Mais il s'inquiète :
« Je pense qu'on vient de franchir un point de bascule avec cette triste saga parce que ça vient créer finalement un soupçon dans le travail humain de nos créateurs et de nos créatrices. »Il souligne l'absurdité de la situation :
« C'est un outil d'IA qui nous dit d'abord qu'il n'est pas infaillible, mais qui nous dit que de l'IA a été détectée. »
Des détecteurs peu fiables, un capitalisme prédateur
Depuis l'accusation, le roman a été soumis à divers outils de détection par des internautes. Les résultats divergent : certains concluent à une rédaction par IA, d'autres à une écriture humaine. La fiabilité de ces logiciels est de plus en plus remise en question. Mardi, l'écrivain français Baptiste Beaulieu a soumis le célèbre poème de Victor Hugo, Demain, dès l'aube..., à Pangram. Résultat : le texte de 1847 serait, selon l'outil, rédigé à 100 % par une IA. Une preuve, s'il en fallait, de la fragilité de ces technologies.
Pour Laurent Dubois, ces outils appartiennent à
« la même confrérie de grands entrepreneurs quand même américains »et on ne peut leur faire confiance. Il préfère croire les créateurs, les producteurs et les institutions.
« À partir du moment où l'artiste et son producteur nous disent qu'il n'y a pas eu d'utilisation de l'IA, on n'a aucune raison de ne pas croire ces gens-là et de croire un outil obscur. »
Qui profite de la discorde ?
Le syndicat s'inquiète depuis plus d'une décennie du manque d'encadrement de l'intelligence artificielle. Dubois résume :
« Le seul grand gagnant que je vois de cette séquence, ce sont les développeurs d'intelligence artificielle qui bénéficient d'une pub incroyable. Tout le monde s'est pitché dans les détecteurs d'IA pour y déverser plein de tests, plein de textes pour voir ce que ça donne et les grands perdants, ce sont les artistes. »Il appelle à la prudence et à la transparence.
« Arrêtons de faire des tests, parce qu'avec tous les tests qu'on fait en ce moment, on déverse des contenus qui sont protégés par le droit d'auteur dans des outils dont on ne maîtrise pas bien les tenants et aboutissants, puis on enrichit ces grandes entreprises qui font de l'argent sur le dos des artistes. Ce n'est pas aux créateurs de faire la preuve. Ce n'est pas à nous d'avoir le fardeau de la preuve dans ce dossier-là. »
Quelle leçon pour Madagascar ?
Cette affaire résonne bien au-delà du Québec. Elle nous rappelle que la technologie, comme les mines qui déchirent nos collines, peut être un outil d'extraction. Elle extrait nos créations, nos identités, pour nourrir des machines appartenant à des empires lointains. Nos artistes, nos conteurs, nos poètes doivent être protégés. Leur parole est sacrée. Ne laissons pas des algorithmes décider de la valeur de nos âmes.
FAQ : Comprendre la polémique sur l'IA et la littérature
Qu'est-ce que la SARTEC ?
La Société des auteurs de radio, télévision et cinéma est un syndicat québécois qui défend les droits des créateurs. Son directeur général, Laurent Dubois, a pris la parole dans cette affaire pour soutenir l'écrivain Thélyson Orélien.
Pourquoi les détecteurs d'IA sont-ils critiqués ?
Ces outils, comme Pangram, sont jugés peu fiables. Des tests ont montré qu'ils peuvent attribuer à une IA des textes écrits par des humains, y compris des poèmes classiques de Victor Hugo. Leurs concepteurs sont souvent de grandes entreprises américaines, ce qui soulève des questions de transparence et de conflits d'intérêts.
Quel est l'impact de cette polémique sur les artistes ?
Cette saga crée un climat de suspicion autour du travail des créateurs. Elle détourne l'attention des vrais enjeux, comme la protection du droit d'auteur face à l'IA, et profite surtout aux développeurs de technologies qui gagnent en visibilité et en données.