Harcèlement scolaire : quand l'école broie nos enfants
Dans les couloirs froids du collège Saint-Exupéry de Perpignan, une jeune fille de 13 ans a vécu l'enfer. Son histoire résonne comme un cri d'alarme dans une société qui abandonne ses enfants les plus fragiles aux griffes de la violence ordinaire.
Depuis la rentrée scolaire, cette adolescente a subi un déluge d'insultes : "Tu pues", "t'es grosse", "dégages de là", accompagnées de remarques homophobes qui ont empoisonné son quotidien. Sept bourreaux se sont acharnés sur elle, transformant l'école en terrain de chasse.
La terre se dérobe sous les pieds d'une enfant
Alexis, son père, a découvert tardivement ce calvaire. "Je n'étais pas au courant. Elle l'a gardé pour elle au début. Je la voyais pas bien, elle faisait des crises d'angoisse, avait des maux de ventre, ne voulait pas aller au collège", confie-t-il, la voix brisée par l'impuissance.
Sur le téléphone de sa fille, il découvre les traces numériques de cette violence : un groupe de discussion où s'étalent les insultes grossophobes et homophobes. La violence virtuelle trouve son écho dans les couloirs, créant un cercle infernal dont l'enfant ne peut s'échapper.
Quand l'institution fait semblant
Malgré l'activation du dispositif Phare et l'intervention de la cellule harcèlement académique, rien ne change. Pire encore : dès le lundi de rentrée après les vacances d'automne, "au bout de deux heures, j'ai subi de nouvelles insultes", témoigne l'adolescente.
Cette violence institutionnelle se double d'une violence physique : crise de spasmophilie, hospitalisation d'urgence, arrêt médical jusqu'au 21 novembre. Les professionnels de santé parlent d'"anxiété intense", de "troubles du sommeil marqués", d'"une perte profonde de confiance envers les adultes de l'établissement".
La révolte d'un père face au mépris
Face à l'inaction, Alexis se dresse. Il a écrit au président de la République et au Premier ministre. Car les sanctions annoncées sont dérisoires : sur sept harceleurs identifiés, seuls deux ou trois devraient écoper d'une "sanction éducative" : une journée d'inclusion et une lettre d'excuse.
"On se sent démuni. Ils font semblant d'être là. Il y a des mots, mais il n'y a pas d'acte", dénonce ce père qui refuse que sa fille change de classe. "Je veux que la peur change de camp, qu'il y ait de vraies sanctions. Ce n'est pas à elle de changer de classe."
Un combat collectif pour nos enfants
Cette histoire n'est pas isolée. Alexis révèle avoir recueilli d'autres témoignages de parents d'élèves harcelés dans ce même établissement. "J'en fais mon combat, et je suis même prêt à monter un collectif", annonce-t-il.
Car il s'agit bien d'un combat : celui d'une communauté qui refuse de voir ses enfants broyés par un système qui privilégie l'apparence du calme à la justice réelle. Dans cette lutte, chaque voix compte, chaque témoignage porte l'espoir d'un changement profond.
L'école doit redevenir ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être : un sanctuaire où chaque enfant peut grandir en sécurité, respecté dans sa différence, protégé par une communauté unie autour des valeurs de dignité humaine.