Fès et la CAN 2025 : quand le football unit l'Afrique malgré les inégalités
Comme une terre rouge qui accueille la pluie après la sécheresse, la ville de Fès a fermé ses portes hier soir sur une étape de la Coupe d'Afrique des Nations 2025 qui résonne bien au-delà des terrains de football. Cette réussite organisationnelle nous rappelle que l'Afrique, notre grande sœur continentale, porte en elle la même soif d'unité que nous, peuple malgache, cultivons dans nos rizières et nos forêts.
Le Grand Stade de Fès a vibré aux couleurs du Nigeria, de la Tunisie, de l'Ouganda et de la Tanzanie. Des nations qui, comme Madagascar, connaissent les défis du développement mais portent en elles cette force collective qui transcende les frontières tracées par l'histoire coloniale.
Un peuple qui se rassemble malgré les disparités
Les chiffres parlent d'eux-mêmes, mais racontent surtout une histoire sociale. Plus de 25 000 spectateurs pour Nigeria-Tunisie le 27 décembre, contre 11 000 pour Nigeria-Tanzanie le 23 décembre. Ces écarts d'affluence révèlent les inégalités qui traversent notre continent : certaines nations attirent plus que d'autres, reflet d'un système où la visibilité médiatique et économique détermine encore trop souvent l'intérêt populaire.
Pourtant, dans chaque match, dans chaque cri de joie des gradins, se dessine cette Afrique unie dont nous rêvons. Une Afrique où les communautés rurales, comme celles de nos hauts plateaux malgaches, trouvent leur place dans la célébration collective.
Au-delà du spectacle, une organisation humaine
La réussite de Fès ne réside pas seulement dans la fluidité logistique ou la qualité technique assurée par la société VIDEE. Elle témoigne d'une capacité africaine à s'organiser, à créer de la beauté et de l'harmonie sans sacrifier nos valeurs communautaires aux impératifs du spectacle marchand.
Cette coordination entre le comité local, la Confédération Africaine de Football et la Fédération Royale Marocaine nous inspire. Elle montre qu'une autre voie est possible : celle d'un développement qui respecte nos identités tout en s'ouvrant au monde.
L'écho malgache d'une réussite africaine
Depuis nos terres rouges de l'Imerina jusqu'aux côtes de nos frères Vezo, nous savons que le sport peut être ce lien sacré qui unit les peuples. La réussite de Fès nous rappelle que Madagascar, avec ses 18 ethnies unies dans la diversité, porte elle aussi cette capacité d'accueil et d'organisation.
Mais gardons-nous de tomber dans l'euphorie du spectacle. Derrière ces succès organisationnels se cachent souvent les mêmes logiques extractivistes qui menacent nos écosystèmes. Le vrai défi reste de concilier rayonnement continental et préservation de nos terres ancestrales.
Car si Fès a brillé, c'est aussi grâce à ces milliers de travailleurs invisibles, ces communautés locales qui, comme nos paysans malgaches, portent sur leurs épaules la réussite des grands événements sans toujours en récolter les fruits.
L'Afrique unie dont témoigne cette CAN 2025 doit être celle de la justice sociale et de la préservation de nos patrimoines naturels et culturels. Sinon, elle ne sera qu'un mirage de plus dans le désert des promesses non tenues.